Messe de rentrée de l’enseignement catholique

Messe de rentrée

de l’Enseignement Catholique

Notre Dame des Trévois

17 octobre 2013

 

 

 

Homélie                                                      Lc 11, 47-54

 

Chers amis,

On ne voit pas tout de suite le rapport qu’il peut y avoir entre l’Enseignement Catholique et ce discours sur les Juifs. Et pourtant il y en a un.

Il dénonce ceux qui donnent à l’autre un sens erroné de ce qui est juste et droit. L’enjeu qu’il y a par derrière, c’est la transmission. Jésus s’en prend aux Docteurs de la Loi qui empêchent ceux qui les suivent d’accéder à la vraie connaissance, en les enfermant dans leurs préceptes, leur vision de la vérité.

Cette mise en garde concerne donc tous les éducateurs. Nous qui avons la responsabilité de permettre à un jeune de croître dans la connaissance de soi et du monde, afin de devenir quelqu’un d’accordé au monde qui l’environne, nous pouvons avoir l’idée de penser que c’est à nous de lui faire connaître ce qu’il doit savoir, ce qu’il doit faire, ce qu’il doit être. Alors nous ne parlons pas dans son intérêt, nous parlons au nom d’un monde pour qui nous sommes des agents de «normalisation ». Les Docteurs de la Loi incarnaient un système religieux dont ils considéraient qu’ils devaient y faire entrer tous les hommes. La vraie connaissance elle rend libre, car c’est celle qui habite déjà le fond de notre cœur, qui est le plus intime de nous et qu’il s’agit de faire venir au jour pour contribuer à donner une identité à celui que nous avons à éduquer.

Ce que veut nous dire Jésus, c’est que faire de nous ses disciples n’implique pas suivre des règles, mais le suivre lui. Nous ne suivons alors pas un système mais nous entrons en dialogue avec lui, nous entrons en familiarité avec lui et nous trouvons notre place dans ceux qui le suivent.

L’Evangile n’est pas un manuel de pédagogie mais un éducateur de la liberté. Ce que le Christ a en vue, c’est l’homme. Ce que l’école catholique doit donc avoir en vue, c’est l’homme. Il n’est certes pas inutile de transmettre des savoirs, mais il ne s’agit pas de configurer des personnes à la manière dont les maîtres de la loi juive configuraient ceux qu’ils avaient sous leur coupe. La mission de l’école catholique, c’est de faire accéder un jeune à la pleine réalisation de lui-même, comme homme en lien avec d’autres hommes, comme enfant de Dieu aimé, pris au sérieux pour ce qu’il est, valorisé dans ce qu’il est appelé à devenir.

Ceci n’est pas sans lien avec le nouveau statut de l’Enseignement Catholique. Vous aurez compris qu’il ne faut pas considérer ce statut comme le livre de la loi juive. Ce statut est important pour ce qu’il permet. Il met tout le monde en route pour une transmission qui n’est pas une transmission de savoirs mais un éveil à la liberté. Ce qu’il définit est la part de chacun dans cette démarche. Il ne définit pas un partage de pouvoirs, mais un partage de services. Il veut surtout donner à comprendre, pour donner à vivre, que quel que soit le statut de notre établissement, c’est seulement ensemble que nous arriverons à réussir l’édification de la personne dans les jeunes qui nous sont confiés.

J’ai entendu beaucoup d’interprétations de ces statuts. Je vous invite à les comprendre à la lumière de l’Evangile que nous venons d’entendre. Leur esprit est l’envers de la normalisation. Jésus s’oppose à la normalisation mise en œuvre par les pharisiens et les Docteurs de la Loi. Il exprime la mission partagée non pas de faire des êtres conformes, mais des êtres pleins de vie de Dieu et d’Evangile. Nous savons très bien que les jeunes d’aujourd’hui échappent à nos classements et ont souvent d’autres cultures que celles qui nous sont familières. Jésus nous dit que ce constat ne doit pas nous conduire à les ramener à ce que nous considérons comme les vrais lieux d’accomplissement, mais doit nous stimuler à les faire accéder à la vérité d’eux-même.

Noble mission qui doit nous stimuler, que nous n’accomplirons que si nous la portons ensemble entre ceux qui constituent un établissement, entre établissements, en Eglise. Il faut que pour les jeunes notre établissement soit déjà cette Eglise où ils rencontrent le Christ et accèdent à l’amitié avec lui.

 

+Marc STENGER

Evêque de Troyes

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